Groupe Gérard Carton
La passion des solutions

Interview de Madame Malak BELLOUT

Le Groupe Gérard Carton vous propose tous types de lectures, longues ou brèves, souvent teintées d'humour mais toujours sérieuses...

Quelles habitudes de travail font votre réussite ?

Je travaille beaucoup sans avoir l’impression d’un « travail » , parce que les rencontres que je fais sont passionnantes. J’ai plus des principes que des habitudes, parce que les situations et les personnes diffèrent. Quatre principes me guident :

1. La rigueur. Je n’improvise pas, je me prépare mentalement et me documente de façon systématique.

2. La régularité : Je crois dans les vertus de la constance dans l’effort.

3. La soif d’apprendre : Chaque rencontre, chaque mission est une occasion d’apprendre. Ce qui m’amène au quatrième point…

4. Le traitement de l’échec. Aucune peur d’échouer, car ce n’est pas une option. Et si tout ne fonctionne pas comme voulu, alors la situation est une opportunité d’apprendre plus et de remettre en cause sa stratégie. Je suis une adepte de la pensée selon laquelle, l’échec n’est pas le contraire de la réussite, mais seulement une opportunité d’apprendre encore et encore.

Quels grands principes guident vos décisions dans votre vie professionnelle ?


Comme tout le monde, je dois prendre des décisions, et je commence par réfléchir à l’importance qu’elle a, à court ou moyen terme, et en prenant en compte son impact prévisible. Certaines décisions n’engagent que moi, celles-ci sont faciles à prendre.

D’autres engagent ou ont un impact sur les équipes et les organisations avec lesquelles je travaille, ce sont celles qui nécessitent d’être prises en regard de trois principes clés :

1. L’éthique / la déontologie. Je crois dans la droiture, la morale, et l’honnêteté intellectuelle.

2. Mes valeurs. Héritées de mon éducation et de mon expérience, elles tracent un chemin clair et simple à suivre. Je me donne une obligation d’être utile à autrui dans le respect total de mes engagements.

3. Les normes en vigueur : L’une d’elles me fascine, la « norme d’innovation ». La capacité à voir les situations, challenges, parfois les personnes, sous un autre angle, et d’ouvrir de nouvelles perspectives.

Quelles sont vos priorités en tant que coach ?


Il m’arrive de coacher des personnes et des équipes. Dans les deux cas, les priorités sont les mêmes, bien que l’approche soit différenciée. Ma priorité est d’être efficiente autant qu’efficace. Pour cela, je suis avant tout méthodique :

1. Comprendre, la situation, la / les personne(s), le vécu afin de poser un diagnostic lucide. Cela passe par une écoute active réelle, et la volonté de cerner les représentations que se font mes interlocuteurs.

2. Instaurer une relation de confiance.


a. Présenter clairement ma manière de travailler, les changements qui vont devoir s’opérer, le temps que cela va prendre, les pistes de solutions.
b. Reformuler la représentation de la situation, les attentes avec sincérité, tact et lucidité.
c. Montrer une implication sans faille pour accompagner efficacement.

En fin d’accompagnement je reste en contact pour m’assurer de la pleine satisfaction et de l’efficacité des méthodes et des outils créés pour lui / eux et mis à sa/ leur disposition.

Une seconde priorité en tant que coach est de rester en veille active sur les innovations repérées dans mon domaine et de me former en continu. Cela permet d’évoluer avec son temps, et d’apporter des réponses à des problématiques nouvelles, nées par exemple des avancées dans les technologies qui ont un impact évident sur les relations interpersonnelles et les organisations.

Quelles qualités / compétences sont selon vous essentielles pour manager efficacement ?


La vaste majorité des managers ont les compétences techniques requises pour leur mission, mais souvent, les difficultés naissent de l’absence de compétences « humaines » … et notamment, l’humilité, l’écoute active, la souplesse avec son équipe, le leadership indispensable pour durer, la réactivité pour motiver , et la communication, transmettre et partager.

Il faut donc que les managers soient capables d’intelligence émotionnelle, de se contrôler face aux imprévus et avec les profils particuliers, de savoir déléguer, d’encourager la prise d’initiative, de savoir recadrer , motiver « inspirer » pendant les périodes difficiles , d’assumer leurs responsabilités en cas d‘échec , de savoir remercier, de rester en veille, et surtout savoir avec lucidité se remettre en question.

Quels défauts vous inquiètent / interpellent ?


Le défaut qui m’interpelle le plus est « l’égo » , car il porte en son sein d’autres fléaux comme la violence managériale, la mauvaise communication, l’instauration des climats de tension au travail, il sape le moral des équipes, il freine le développement sain des organisations en privilégiant la compétition négative et non le travail d'équipe.

Beaucoup de personnes ne maîtrisent pas leur égo, et lui sont soumises. Dans ce cas, le savoir-être est absent et cela produit des difficultés relationnelles grandissantes.

Qu’est-ce qui pour vous caractérise une situation « difficile » ?


Une situation difficile peut prendre 2 formes selon moi :

1- Inattendue malgré les balises de prévention et de traitement prévues à cet effet, ce sont des aléas que l’on peut tant bien que mal affronter en gardant son sang-froid et en réfléchissant aux alternatives possibles.

2- L’autre forme est plus dangereuse, à savoir les situations difficiles qui étaient cependant latentes que l’on a étouffées par « déni » sous prétexte de restriction budgétaire par exemple ou d’existence d’une autre urgence. Ces situations finissent par pourrir et lorsqu’elles font surface c’est trop tard le mal est fait et il faut tout refaire avec ce que cela implique comme dégâts collatéraux, temps, énergie et argent qui aurait pu être mobilisés mieux et ailleurs.

Comment gérez-vous votre « stress » lié aux situations difficiles ?


Le stress est une construction mentale, le corps reçoit des messages visuels, sonores, olfactifs ou sensoriels qui parfois lui déplaisent fortement et il réagit en conséquence.

La maîtrise de soi se travaille, le contrôle se nourrit chaque jour, rien n'est dramatique lorsqu’on y voit de plus près ; il y a certes les notions de fortes douleurs, fatigue intense, et de colère subite qui en découle souvent, mais tous ces aspects sont les indicateurs d’un manque de communication entre le cœur et le cerveau.

La méditation dans ces cas est la clé de l’équilibre elle apporte chaque jour une prise de conscience de soi et de ce qui nous entoure. La respiration quotidienne arme le corps pour faire face au stress et l’anxiété. Une hygiène de vie en termes d’alimentation saine et d’activité physique est incontournable pour se préserver durablement.

Quelles satisfactions vous donne votre rôle de coach ?


Mon rôle de coach m’apporte énormément tant sur le plan humain, car je fais des rencontres multiples et je voyage grâce à cela que sur le plan professionnel.

J’apprends tous les jours dans différents domaines et de la part d’autres professionnels qui sont bienveillants envers moi et qui me conseillent si besoin et je suis toujours dans la gratitude.

Je suis aussi consciente que le prix à payer pour être libre est souvent élevé, soit le fait d’être loin de ceux qu’on aime, soit le fait de travailler plus que la norme pour avoir un niveau de vie décent et garder ainsi son indépendance.

En fait, mon travail de coach m’apporte énormément de satisfactions tant au niveau professionnel qu’au niveau personnel.

Quels stéréotypes combattez-vous et comment ?


Je combats et depuis toujours le cliché de la « belle femme » qui aurait réussi plus grâce à son physique qu’à ses compétences.

Je ne me justifie plus depuis longtemps sur mon aspect physique et je prouve par mon travail et les résultats positifs qu’il génère que je suis là où je suis grâce à mes efforts et mes compétences.

Au-delà de l’aspect physique, je combats les stéréotypes liés à la condition féminine, ceux par lesquels les femmes sont moins ceci ou plus cela… Une femme peut conduire un camion, être exploratrice, militaire, aviatrice, médecin, chirurgien, manager, dirigeant, autant qu’un homme… Les stéréotypes consistant à « réserver » certains métiers aux femmes et d’autres aux hommes m’agacent et parfois m’amusent… Les filles doivent faire « couture » , mais les grands couturiers seraient des hommes…

Si vous aviez des conseils à donner à un jeune coach, lesquels lui prodigueriez-vous ?


« Readers are Leaders » , enfant, ma mère me mettait beaucoup de livres entre les mains et me disait, lis et ne t’arrête jamais, c’est la seule vraie richesse et c’est le seul vrai pouvoir.

Mon père était un lecteur infatigable; ils m’ont inspirée et je leur dis MERCI !

Enfant, je ne comprenais pas, mais j’aimais lire. Adulte, j’ai compris que la lecture et le savoir qu’elle apporte sont la meilleure arme de construction massive pour l’humanité.

Un livre est un voyage en soi, pour soi et avec soi, il faut lire sans modération. Lire de tout sans exception !

Quand je voyage, je lis et je laisse dans les parcs les bus et les chambres d’hôtel les livres que j’ai finis car ils ne m’appartiennent plus.

Qu’est-ce qui a le plus évolué, selon vous, dans le management et le coaching ces dix dernières années ?


Les organisations ont beaucoup changé ces dix dernières années, tant sur la forme (startups, licorne, etc.) que sur le fond (mécanisation, digitalisation, etc.). Il nous faut admettre que la place de l’innovation grandit sans cesse, et qu’elle ouvre à ce titre le champ des possibles.

Les questions de gestion et d’accompagnement se multiplient tout autant que les solutions créées, depuis une décennie, la technologie se met de plus en plus au service du management et du coaching, l’intelligence artificielle et la communication digitale y participent grandement en termes de rapidité de traitement et de richesse d’analyse.

Au-delà de ça, je pense que cela ne menace pas l’humain tant que l’on décide de s’inscrire dans le changement plutôt que de le subir.

L’humain reste au cœur des préoccupations, tant dans le management que dans le coaching et c’est ce qui fait et fera la force de ces deux sphères au sein des organisations.

Qu’avez-vous appris au cours de votre carrière qui vous sert quotidiennement ?


S’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est d’accepter l’inconstance des situations et des gens, l’intégration du changement, et l’accueil du doute.

Ma règle est simple : rien n’est acquis … cela me permet de rechercher toujours l’amélioration et de prendre du recul. Parfois c’est dur, mais il faut l’accepter voire, le vouloir.

Y a-t-il des « modes » en management qui vous agacent ?


Il y a les injonctions qui me paraissent contreproductives comme :

• La recherche aveugle du profit au travers du martèlement de certaines formes malsaines de compétition.

• L‘affichage inadéquat des résultats chiffrés des uns et des autres.

• La multiplication des réunions périodiques qui rendent le feedback inutile et creux. Les emails en début et en fin de semaine pour rappeler les objectifs assignés sans remerciements pour les objectifs réalisés.

Quels mots / pensées associez-vous aux mots suivants :


Plutôt que d’associer des mots aux mots, je choisis de colorer les mots qui se rejoignent…

TABLEAU MB

Avez-vous une ou deux anecdotes à partager qui seraient révélatrices de votre philosophie de vie ou de moments clés de votre vie professionnelle ?


L’être et le paraître : Lors d’une conférence il y a 2 ans, un manager qui parlait haut et fort de la nécessité de l’autorité en entreprise, mais en termes très désuets, en bombant le torse , le public partagé entre hommes admiratifs et femmes se retenant de rire aux éclats . À l’apogée de son discours, sa femme déboule dans la salle et on voit la mine déconfite du lion qui d’un coup devint un petit chat ; il s’interrompt s‘excuse platement devant les remontrances de madame…

Être soi : L’un de mes premiers jobs, j’étais encore étudiante… Vendeuse dans un magasin d’ameublement. Le boss du magasin m’explique qu’il va me falloir changer de prénom parce que « Malak » fait trop oriental … On m’a donc attribué le prénom de Mélissa pendant toute la durée de cet emploi. Les clients voyaient très bien que je n’étais pas une Mélissa. Je n’aurais peut-être pas dû accepter, et cela m’a perturbée comme si j’étais deux personnes, comme s’il fallait « cacher qui j’étais vraiment », au nom d’un stéréotype imbécile.

ENA : J’ai voulu entrer à l’ENA en Algérie, je n’ai pas été reçue au concours d’entrée. J’ai exigé, en colère, des explications auprès d’un des membres du jury. Il m’a expliqué et démontré qu’en fait ma copie était hors sujet et très faible. J’ai accepté cette explication, car mon erreur c’était mon égo, et je lui en serai éternellement reconnaissante.

En conclusion de cette interview, je souhaite ajouter quelques mots… Il y a beaucoup de souffrances et beaucoup de bonheurs dans le monde. Mon métier me permet de rencontrer les deux. Ma passion est d’apporter, dans les situations difficiles, un éclairage et des solutions qui changent pour le meilleur.

Propos recueillis par GDC

Janvier 2020