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Lenteur

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Publié dans La Lettre du GCCG - Divers

La France est connue pour être aussi le pays des paradoxes. Le plus évident aujourd’hui pourrait s’intituler « La dynamique de la lenteur » et il se compose de 5 apories (Contradiction, difficulté qui semble insurmontable)

  • Aporie 1 : La France est lente, et souvent « speed ».

    On y parle de « pressions », « stress », destruction de l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle ; on y conduit vite, souvent en ne respectant pas les limites de vitesse. La lenteur et la vitesse cohabitent mal, et les « stop & go » font s’accumuler les frustrations.

  • Aporie 2 : L’illusion de vitesse. La France est lente et ne s’en aperçoit pas.

    On y trouve des processus budgétaires en entreprise étalés sur 4 à 6 mois. Des réunions de Comités d’Entreprises qui durent de 1 à 5 jours. Des délais de plus de deux semaines pour trouver un « créneau » de rendez-vous ou de réunion dans beaucoup d’agendas, des temps de procédures judiciaires records.

    Les temps de décision se sont allongés, outre celles qui une fois prises ne sont pas appliquées, ou le sont avec une exubérante lenteur, comme ces lois qui ne voient pas avant longtemps leur décret d’application être publié.

    Et puis, il y a les ralentisseurs chroniques : les grèves, les menaces de grèves (que l’on appelle préavis), les vacances, les jours fériés, les ponts, les manifestations, les livreurs qui bloquent la circulation (ils bossent disent-ils), les travaux qui n’en finissent pas et créent des bouchons, planifiés de telle sorte que l’on se demande s’il n’y a pas des esprits malins dont le seul but est de rendre la circulation impossible.

  • Aporie 3 : La France est le pays de délais. On n’y réfléchit pas autrement que par rapport aux délais conventionnels, habituels ou légaux. C’est comme ça. Il existe, en français, 58 expressions comportant le mot délais.

    Il y a les délais de convenance, de rétractation, de prévenance, de carence, de paiement, de livraison, de prescription, d’attente, de réflexion, d’appel, et 47 autres dont je vous fais grâce …
    Il faut aujourd’hui plus de temps pour obtenir les services d’un plombier qu’il n’en fallait il y a 15 ans. C’est vrai aussi pour les mammographies (en moyenne 6 mois d’attente), et dans la plupart des villes les consultations en ophtalmologie, ou en cardiologie et autres spécialités médicales.

  • Aporie 4 : La France est lente et ralentit. « Voici que s’avance l’immobilisme et nous ne savons pas comment l’arrêter » petite phrase qui a valu le Prix du souvenir, en 88 à Edgard FAURE est plus que jamais d’actualité.

    Les réunions durent en moyenne une heure, avec leur fameux retard à l’allumage dû aux retardataires qui souvent étaient coincés dans une réunion antérieure s’étant prolongée.

  • Aporie 5 : La France est lente et s’en flatte.

    On a une fois pour toutes damné la « productivité », l’associant au stakhanovisme, et on se vante malgré tout d’être parmi les pays les plus productifs d’Europe. Le mythe est solide ! Que de cocoricos sur cette désinformation, tenant au simple fait que l’on divise le PIB (comprenant la rentabilité du capital) par le nombre d’heures travaillées. En fait dans cette logique, plus il y a de chômeurs, de vacances et de grèves plus la productivité augmente. (Mais le PIB stagne puis diminue)

Quelles sont les sources de lenteur ?

Au premier chef, la France est lente parce que son administration est lente. L’administration fixe le rythme général et cela d’autant qu’elle est sur tous les chemins, à tous les croisements. Au second chef la France est lente parce que les Grandes Entreprises, les ETI et les grosses PME sont lentes.

La lenteur française fait lentement mourir l’économie française, et il y a là un second paradoxe : Le dynamisme français des idées et toujours là. C’est la réalisation qui est lente au point que beaucoup d’idées n’arrivent pas à terme, ou alors s’expatrient.

Les réformes nécessaires en France prennent des années. Celles concernant « la simplification » des procédures administratives sont ironiquement les plus lentes et débouchent systématiquement sur de nouvelles complexités.

Qu’en est-il dans votre environnement ?

Vous arrive-t-il de penser que « beaucoup de choses pourraient se faire plus vite » ? Probablement. Et vous avez raison…

Le premier pas à faire est d’identifier les « sources de lenteur ». Quelques-unes sont hélas impossibles à tarir. Ce sont celles dictées par la loi, ses « codes » et les règlements en vigueur. Pour autant, de nombreuses sources sont tarissables et en voici quelques exemples :

  • Les processus internes complexes, ambigus, en particulier le processus de décision
  • Le fonctionnement en silo
  • La multiplication des niveaux hiérarchiques
  • La centralisation des décisions
  • Le saupoudrage des responsabilités
  • L’imprécision, le manque de qualité qui fait refaire ce qui aurait dû être bien fait d’entrée. Les temps passés à « refaire » sont toujours supérieurs à ceux passés à « bien faire ».
  • Les temps de réunion, le nombre de réunions, la non-qualité des réunions
  • Les guéguerres internes, les luttes de pouvoir, la hiérarchie obtuse et présomptueuse
  • La pratique des « délais coussins » par laquelle on promet pour dans huit jours ce que l’on sait pouvoir délivrer en quatre jours. Si chacun fait des coussins, on multiplie les temps par 4 ou 5.
  • La masse d’informations inutiles en circulation auxquelles il faut consacrer du temps.
  • L’absence de temps restant pour réfléchir à « comment faire plus vite et mieux »
  • La procrastination, les atermoiements, les tergiversations, les consensus « mous », la peur de déplaire par des initiatives
  • Le fonctionnement en irréprochabilité avec sa dose de perfectionnisme et son naturel évitement du blâme
  • La déconsidération de l’enthousiasme et la préférence pour le scepticisme
  • Le pouvoir de dire non plus large et fréquent que le pouvoir de dire oui
  • La communication implicite souvent aggravée par une sémantique négative générant du flou et
  • Le fonctionnement en « limite-préjugé » par lequel on assassine les idées nouvelles, les projets innovants
  • Le fonctionnement en logique d’activité (dans lequel l’action prime sur le résultat. « J’ai fait mon travail » même s’il ne produit pas l’effet attendu ou de résultat concret)
  • Le goût pour les discussions et les questions futiles
  • La faiblesse de concentration au travail, et de discipline d’exécution
  • La paresse sociale* (pas la flemme, juste son apparition spontanée dans les corps sociaux où les efforts individuels ne sont pas reconnus)

Un train n’avance qu’à la vitesse de son wagon le plus lent. Dans la chaîne de travail d’une entreprise, on ne peut aller qu’à la vitesse du wagon le plus lent.

Casser la dynamique de la lenteur est une ambition aussi salutaire que légitime. Si le sujet vous intéresse, notre Groupe a développé une méthode que nous serions ravis de vous présenter en détail.

Très cordialement,

Pour la paresse sociale, voir les travaux de Maximilien Ringelmann et suivants
Lettre GCCG - Mai 2016 : Lenteur